288- Les méthodes actives : esquisse d’une approche historique

Responsable du symposium et communication 1 :

Fabienne SERINA-KARSKY

CIRCEFT, Université Paris VIII

 

Communication 2 : Sylvain WAGNON 

LIRDEF, Université de Montpellier II

 

Communication 3 : Jacques GLEYSE 

LIRDEF, Université de Montpellier II

 

Discutante : Emmanuelle GUEY

CIRCEFT, Université Paris VIII

 

Mot-clés: méthodes actives, éducation nouvelle, Decroly, Blanguernon, Loisel

 

Comment définir les méthodes actives ? Tel est le questionnement initial de notre symposium qui souhaite s’intéresser à l’analyse des sources et des fondements historiques des méthodes actives pour mieux comprendre leur définition passée et actuelle. Les travaux récents illustrent à la fois la banalisation du terme de méthodes actives, son écho médiatique, et en fin de compte le grand flou conceptuel qui les entoure. Leur définition, lorsqu’elle est entreprise, est très rarement placée dans un contexte historique. Le terme même de « méthode » sous-entend un système complet, associé à la notion de pédagogie active, voire même d' « Ecole active » comme le propose Ferrière en 1922, selon une formule qui « se répand en un laps de temps très bref et devient un slogan usuel et bientôt... usé » (Hameline, Jornod, Belkaïd, 1995). D'autre part, le terme est souvent utilisé en opposition aux méthodes traditionnelles, dont la définition reste toute aussi floue, et ses principes de base, qui font référence à l’activité de l’élève, à la liberté et à l’auto éducation, restent peu analysés. Ce symposium, qui entend aborder la définition des méthodes actives dans une optique historique, au delà des clivages éducation nouvelle/éducation traditionnelle, souhaite participer à l'écriture d'une histoire des pratiques pédagogiques. Au-delà des discours, quels indices peuvent être repérés comme relevant des pratiques « actives » ? Au cours du temps, l’apparition de nouvelles techniques pédagogiques ne rend-elle pas encore plus complexes les liens entre méthodes actives, pédagogie active et Education nouvelle ? A partir des archives de certains éducateurs et pédagogues du XIXe et du XXe siècle, les intervenants souhaitent présenter une analyse des caractéristiques des méthodes actives, de leurs différences, voire de leurs antinomies, afin de proposer une périodisation et une définition des méthodes actives qui permettra de mieux appréhender l’apparition de ce terme et l’évolution de cette notion.

 

Références

Ferrière, A. (2004). L'école active. Paris : Ed. Fabert

Hameline D., Jornod A., Belkaïd M. (1995). L'école active. Textes fondateurs. Paris : PUF.

Vial, J., (1986), Histoire et actualité des méthodes pédagogiques, Paris : ESF, 1986

 

 

Communication 1 : Les classes-promenades d'Edmond Blanguernon

 

Fabienne SERINA-KARSKY

CIRCEFT, Université Paris VIII

 

Mots clés : classe-promenade ; Blanguernon ; méthodes actives

 

Cette communication, qui s'inscrit dans le symposium consacré aux méthodes actives, propose de s'intéresser aux « classes-promenades » telles qu'elles ont été instaurées par l'inspecteur d'Académie de la Haute-Marne Edmond Blanguernon dès 1909, dans le but de répondre aux besoins d'activité des élèves et de mettre en contact « l'école et la vie ».

Agrégé de grammaire et poète à ses heures, Blanguernon (1876-1928) est l'auteur, avec Albert Mathieu, alors directeur de l'Ecole Normale de Douai, des  Leçons de pédagogie  (1908), mais aussi de l'ouvrage  Pour l'école vivante, préfacé par Ferdinand Buisson (1913), pour lequel il recevra en 1917 le prix Adrien Duvand décerné par l'Académie des sciences morales et politiques. On trouve dans cet ouvrage certains des articles qu'il a publié dans la Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur à laquelle il collabore régulièrement, ainsi que celui sur les « classes-promenades », publié en septembre 1909 dans le numéro 3 de la revue Education que dirige Georges Bertier, le successeur d'Edmond Demolins à l'Ecole des Roches. Il y écrit que depuis le printemps 1909, les écoliers de la Haute-Marne sortent 2 fois par mois de leurs classes,

« ils s'en vont, sous la conduite de leurs maîtres et maîtresses, libérant leurs sens, aérant leur intelligence, découvrir et apprendre leur pays. C'est ce que j'ai cru pouvoir appeler la classe-promenade ; et j'ai juxtaposé ces deux mots, qu'on n'avait pas accoutumé de joindre, pour bien marquer le caractère de l'innovation. »

Les classes-promenades, qui sont pour Blanguernon un moyen de mettre les élèves en contact direct avec la terre et la vie, sont réglementées d'une façon très précise et s'appuient sur les instructions officielles de 1882, qui préconisent au maître de placer «les enfants en présence de réalités concrètes », mais aussi sur les programmes, dont celui de géographie, qui appelle à aller sur le terrain afin d'observer la géographie locale.

Elles seront reprises par Lucien Gachon, instituteur dans le Puy de Dôme, mais aussi écrivain et géographe auvergnat, lorsque Blanguernon, après un séjour de trois ans en Indochine en tant qu'inspecteur adjoint à la direction de l'Instruction publique à Hanoï, est nommé inspecteur d'Académie à Clermont-Ferrand en 1925, où il mourra prématurément en 1928.

Afin de retracer le parcours de cet inspecteur innovateur, défenseur des méthodes actives, je m'appuierai sur des documents d'archives et sur les articles parus dans les revues précitées.

 

Références :

Blanguernon, Edmond (1918). Pour l'école vivante (2e éd.). Paris : Hachette.

Mathieu, Albert et Blanguernon, Edmond (1908). Leçons de pédagogie. Paris : A.Picard.

Savoye, Antoine (2004). Lucien Gachon : l'instituteur et le pays. Les Etudes sociales (139-140), 103-116.

 

Communication 2 : La pédagogie Decroly, une pédagogie active : mythe et réalité

 

Sylvain WAGNON 

LIRDEF, Université de Montpellier II

 

Dans cette contribution qui s’insère dans le symposium « les méthodes actives, esquisse d’une approche historique », nous voudrions poser les liens entre Education nouvelle et méthodes actives. Plusieurs auteurs véhiculent l’idée d’une symbiose entre Education nouvelle et méthodes actives. A travers l’étude historique des archives de l’école Decroly de Bruxelles, nous voudrions comprendre les liens entre une pédagogie, structurée, et les méthodes actives. Peut-on limiter la pédagogie Decroly aux méthodes actives ? Nous entendons étudier ces relations à partir de leurs définitions, leurs caractéristiques et aussi leurs ambiguïtés. La pédagogie Decroly, pensée et mise en place par le docteur belge Ovide Decroly (1871-1932) s’appuie sur les principes de globalisation, de centres d’intérêts et d’étude du milieu. Par l’étude des archives des écoles Decroly (Bruxelles, Saint-Mandé et Barcelone) cette contribution souhaite définir en quoi cette pédagogie se veut active, quels sont les éléments qui peuvent du point de vue théorique la définir comme telle et analyser les possibles décalages avec les pratiques mises en œuvre. Cette proposition se veut donc une contribution à l’histoire de l’Education nouvelle et des pratiques pédagogiques en posant les questions des finalités éducatives d’une pédagogie, des activités mises en œuvre, mais aussi de la relation pédagogique et de la définition de l’apprentissage.

 

Références :

Decroly, Ovide, (2009), Une pédagogie pour la vie, par la vie, collection les pédagogues du monde entier, Paris : Editions Fabert.

Gallien, G. (dir.),(1946), Initiation à la méthode Decroly, Bruxelles : Ermitage.

Vial, J., (1986), Histoire et actualité des méthodes pédagogiques, Paris : ESF, 1986

Wagnon, S., Watigny, Cl., & Roger, N. (2011), La pédagogie Decroly, Aniche : Sipayat.

 

Communication 3 : Les méthodes actives en éducation physique et sportive. Le rôle décisif d’Ernest Loisel (1882-1943)

 

Jacques GLEYSE 

LIRDEF, Université de Montpellier II

 

Mots-clés : Méthodes actives, Education physique, Ecole Nouvelle, Ernest Loisel, Pédagogie.

 

Dans le domaine de l’éducation physique, depuis le début du XXe siècle, les méthodes actives, même si l’activité des élèves est nécessaire dans cette discipline, ne sont pas valorisées. Les Instructions Officielles de 1923 prônent bien l’activité des élèves, mais ne semblent pas avoir de retombées dans la discipline étudiée. Les ouvrages publiés au sortir de la première guerre mondiale en témoignent. Ils s’intéressent soit à des aspects médicaux soit à des techniques, soit à des théories scientifiques sur le mouvement et jamais à la pédagogie ou à l’activité de l’élève. Il faut attendre l’action d’un non spécialiste du domaine : l’inspecteur Ernest Loisel, agrégé d’Allemand, pour voir se répandre et se développer une toute autre vision de la pédagogie qui s’appuie à la fois sur les méthodes actives et ce qu’il est convenu d’appeler « l’Ecole Nouvelle ». L’article s’intéresse, à l’action spécifique de cet acteur notamment à la suite de sa nomination de directeur de l’Ecole Normale d’Education Physique en 1935 et jusqu’en 1941.

 

Références:

Caplat (Guy), L’Inspection générale de l’Instruction publique au XXe siècle. Dictionnaire biographique des inspecteurs généraux et des inspecteurs de l’Académie de Paris, Paris : INRP et Economica, 1997, p. 383.

Loisel (Ernest), « Introduction », in : Houdré (Doctoresse), Ma doctoresse. Guide pratique d’hygiène et de médecine de la femme moderne, Montpellier : Editorial Argentor, 1939.

Loisel (Ernest), « Préface », in : Demarbre (G., professeur d’Education physique), Soyez belle. La gymnastique. Equilibre sur le sol et sur la poutre. Jeux. Entraînement — Compétitions, Utilité — Art, Paris : Berger-Levrault, 1939.

Loisel (Ernest), Les bases psychologiques de l’Education physique, Paris : Nathan, 1935.

Loisel E. « L’apprentissage du mouvement », EPS, 20, Avril 1954, 3-5.

Instructions relatives aux arrêtés du 23 Mars 1938 et du 11 Juillet 1938.