251 - Comment évaluer le succès d’un dispositif destiné à améliorer les résultats scolaires ou pourquoi il est impératif de trouver d’autres indicateurs que les notes ?

Muriel Epstein

Transapi, France

 

Mot-clés: évaluation de dispositifs, notes, indicateurs, gouvernance, méthodologie

 

Systématiquement, comme la loi l’impose, les dispositifs pour aider les élèves en difficultés sont évalués afin de savoir comment l’argent public a été dépensé, mesurer leur efficacité, l’opportunité d’élargir ou de poursuivre l’expérience, etc. Et, sauf pour quelques rares actions, la question récurrente reste l’indicateur ultime à savoir « les notes ont-elles progressé ? » ou éventuellement « a-t-on amélioré le taux de réussite à l’examen final ? ».

Cette dernière question est particulièrement importante depuis les accords de Lisbonne de 2005 engageant les états européens à 80% de réussite au baccalauréat et 50% à bac +3.

Or de nombreuses évaluations réalisées par nos soins (dont Dutercq, Coureau, Epstein, Allam, Kula 2012 ) ou par d’autres chercheurs (Brito, 2012 ; Cousin, 1998) montrent que les résultats d’une expérimentation sont rarement réductibles à la note. Pire, en général les évaluations des notes oublient des variables comme l’ancienneté des enseignants en ZEP vs Hors ZEP (Bressoux, P., Lima, L., 2011), sont indépendantes de la réalité des apprentissages car les notes sont normées pour un groupe d’élèves (Antibi 2003) et les analyses ne tiennent pas compte de la dimension temporelle de l’apprentissage (Vandelle, 2012) à savoir que les résultats scolaires n’arrivent, qu’en dernier recours. En effet, le chemin de progression (qui dépend du genre de l’adolescent) passe par le renforcement du sentiment de sécurité (être protégé, faire confiance) et d’identité (savoir ce dont on est capable ou pas) puis le sentiment d’appartenance au groupe, puis le sentiment de détermination (se fixer des buts) et enfin le sentiment de compétence (atteindre ses buts). Ce n’est que lorsque le sentiment de compétence est restauré que les résultats scolaires deviennent visibles, au minimum après un travail de plusieurs mois voire souvent de plusieurs années.

Après avoir détaillé les différentes expérimentations, et précisé les statuts des évaluations, en particulier celles où je suis intervenue (certaines ont été réalisées comme chercheuse, d’autres comme enseignante et d’autres enfin comme consultante), je décrirai certains résultats mis en évidence par les évaluations, dont l’importance de la motivation et de l’estime de soi. La communication propose de réfléchir aux difficultés méthodologiques et aux prismes qu’engendre la primauté du « résultat scolaire » comme indicateur de succès d’un dispositif de lutte contre l’échec scolaire. Je montrerai notamment le risque de ne pas prendre en compte de réels effets positifs de certains dispositifs sur la qualité de vie et d’insertion sociale et scolaire des jeunes et donc de sous-évaluer les externalités positives d’expériences en se focalisant sur les résultats scolaires à court terme.

 

Références bibilographiques :

Antibi, A. (2003) La constante macabre ou comment a-t-on découragé des générations d’élèves ? La Barthe-sur-Leze : Math’adore.

Bier, B. (2010). Politiques de jeunesse et politiques éducatives. Citoyenneté/éducation/Altérité. Paris : L’Harmattan.

Bressoux, P., Lima, L., (2011) Le cas de la taille des classes à l’école primaire en France. In Felouzis, G. Hanhart, S. (EDS). Gouverner, l’éducation par les nombres ? Usages, débats et controverses. Bruxelles : De Boeck, p99-123.

Brito, O. (2012). Influence de la pédagogie nouvelle à l’école primaire sur l’expression des habilités sociales, relationnelles et scolaires au secondaire : une étude comparative. In La question de l’évaluation et de la mesure des résultats (Nanterre le 21 mars 2012). [en ligne] Disponible sur : <http://www.recherchespedagogiesdifferentes.net/uploads/9/0/6/8/9068540/olivier_brito_proposition_de_communication.pdf> (consulté le 10 juin 2013).

Cousin, O. (1998) L'efficacité des collèges. Sociologie de l'effet établissement, Paris, Presses Universitaires de France

Dutercq Y. Coureau E, Epstein M., Allam M.,  Kula C., (2012) Evaluation de l’expérimentation « Cours le matin, sport l’après-midi » Annexes au rapport final  [en ligne] Disponible sur : <http://www.experimentation.jeunes.gouv.fr/IMG/pdf/Eval_cours_matin_sport_am_annexes.pdf> (consulté le 10 juin 2013).

Felouzis, G. Hanhart, S. (EDS). (2011). Gouverner, l’éducation par les nombres ? Usages, débats et controverses. Bruxelles : De Boeck.

Vandelle, H. (2011). Estime de soi et sentiment d’efficacité personnelle comme facteurs de réussite scolaire : une étude en lycée professionnel. Thèse de doctorat non publiée, Université de Paris-Ouest-Nanterre, Nanterre.